Aujourd’hui, d’une pierre deux coups. Abordons un moyen de procrastiner durable et passionnant, qui vous occupera largement et a encore de beaux jours devant lui.
Je veux parler de la magnifique saga de G.R.R. Martin, A Song of Ice and Fire, et de son dérivé télévisuel, A Game of Thrones qui est aussi le titre du premier opus d’une saga qui comptera à terme sept volumes. Peut-être même avez-vous déjà lu tout ou partie des ouvrages publiés en français sous le titre Le Trône de Fer.
Au commencement, il y eut le livre…
Je vais tenter l’exploit de parler d’une série de quatre – bientôt cinq – livres sans (trop) vous spoiler le visionnage de la série, dont la première saison correspond au premier tome.

Couverture du tome 5 à paraitre, A Dace with Dragons
Contexte et synopsis
A Song of Ice and Fire, c’est l’histoire d’un royaume, Westeros, aussi appelé les Sept Royaumes (Seven Kingdoms), ou peut être les Sept Couronnes, je ne sais plus trop[1] sis dans un monde fictif clairement médiéval fantastique où les saisons durent des années. Fortement marqué par l’Occident médiéval, avec sa structure féodale, Westeros est néanmoins une terre de contraste, en partie en raison de son immensité. Fusion d’anciens royaumes indépendants, unifiés par Aegon le Conquérant voilà plusieurs siècles, le pays s’étend du Nord où même en été, on peut trouver de la neige, à Dorne dans l’extrême Sud, dernier royaume rattaché au Trône de Fer, le Trône des Sept Royaumes, forgé par le dragon d’Aegon à partir des épées de ses ennemis défaits. Chacun de ces Royaumes est dirigé par un Seigneur, suzerain d’autres seigneurs, eux-mêmes ayant à leur service des chevaliers, tout ça formant un équilibre précaire à peine maintenu en place par un jeu d’alliances militaires ou matrimoniales, chacun des seigneurs essayant de se placer au mieux pour gagner en prestige ou en fortune.
Tout semble aller pour le mieux dans le royaume. C’est l’été, la situation est stable. Le Roi Robert Baratheon, souverain depuis qu’il a chassé du Trône de Fer le roi Aerys “le Fou” à la suite d’une rébellion sanglante entreprise, vous le découvrirez vite, pour des raisons sentimentales, gouverne avec son mentor pour bras droit, la Main du Roi. Mais voilà, “out of the blue”, ladite Main, Jon Arryn, vient à casser sa pipe. Ni une, ni deux, Robert décide de chevaucher vers le Nord où vit Lord Eddard Stark, Seigneur de la susdite terre qui fait bien la moitié du pays, pour lui demander de devenir Main à la place de la défunte Main. Stark, gardien du Nord, seigneur de Winterfell, descendant d’une lignée millénaire, est aussi le meilleur ami du Roi, avec qui il a grandi chez Arryn, compagnon d’armes et frère de la “raison sentimentale” qui a déclenché la rébellion de Robert. Entre autres. Et Eddard Stark, c’est un homme juste et fidèle, un parangon d’honneur. Il accepte donc d’aider son ami, pour tout un tas de raisons que je ne détaillerai pas, et s’en va chevaucher vers King’s Landing (Port-Réal), la capitale et coeur d’un énorme nid de vipère dans lequel ce pauvre seigneur du Nord droit dans ses bottes (l’un des rares personnages qui ne soit pas motivé par la gloire ou la fortune) ira allègrement mettre le pied. Ca, c’est l’un des deux tenants de l’histoire, un imbroglio d’intrigues et de trahisons avec pour objectif final une place au plus près du Trône de Fer, et si possible dessus.
L’autre donne bien vite le sentiment que l’avenir du royaume ne se joue en réalité pas à King’s Landing mais à ses frontières. Au nord du Nord, un gigantesque mur de plusieurs centaines de mètres de haut et gardé par un ordre de soldats qui n’est plus que l’ombre de lui-même, la Garde de Nuit, préserve le royaume des wildlings, des humains sans seigneurs un peu turbulents et ayant une forte propension à éviter l’endogamie en prélevant des femmes (peut-être des hommes aussi) au sud du Mur, dans Westeros. A la base, le Mur avait été aussi et surtout construit pour protéger les sept royaumes des Autres, des spectres de l’hiver dont on sait peu, et la Garde de Nuit non plus d’ailleurs, vu qu’on n’en a plus entendu parler depuis plusieurs milliers d’année…*gros clin d’oeil complice*
Et, à l’Est, de l’autre côté de la Narrow Sea, les deux descendants de la famille légitime, les Targaryen, fils et fille d’Aerys, s’efforcent de retrouver ce qui leur appartient de droit. Pour cela, Viserys, l’aîné, a une idée : donner sa jeune soeur Daenerys en mariage au Khal Drogo, le chef du plus puissant et plus peuplé des khalasars, ces groupes de nomades, seigneurs des chevaux et guerriers redoutables. En échange, Drogo est censé fournir à Viserys une armée pour reconquérir le Trône de Fer. Là encore, je n’en dis pas plus, si ce n’est que Daenerys est la vraie héroïne des deux personnages.
Une narration de qualité
La particularité du Trône de Fer, c’est que chaque petit chapitre est raconté avec le point de vue d’un des personnages principaux. A la troisième personne, mais avec les faits analysés et interprétés selon le schéma mental de chacun. Ainsi, on suivra la vision à la limite de la psychorigidité de Ned Stark qui réalise doucement dans quel guêpier il s’est fourré. On vivra aussi l’histoire à travers les yeux de ses enfants : Robb, l’héritier, Bran, l’éclopé qui rêvait, avant son accident, de devenir chevalier, ou Jon, son bâtard parti pour la Garde de Nuit en quête de reconnaissance, Sansa, la seconde, qui ne veut rien d’autre qu’être une Dame, et son antithèse, Arya, qui refuse de se plier au modèle féminin qui a cours à Westeros (objet d’échange et d’alliance, chargée uniquement de porter les héritiers des seigneurs) et préfère manier Aiguille, son épée, que l’aiguille sur l’ouvrage. Parmi les autres personnages principaux, on retrouve Daenerys, Tyrion Lannister, cadet de la famille la plus riche du royaume et nain difforme mais terriblement intelligent, Catelyn Tully, femme d’Eddard Stark ou Cersei Lannister, l’ambitieuse Reine de Robert et soeur de Tyrion.

Jon Snow, le bâtard d'Eddard Stark, membre de la Garde de Nuit
Sauf que voilà, faisant montre d’un réalisme violent qui n’épargne rien à ses personnages, Martin a bientôt dû ou voulu introduire des nouveaux narrateurs pour remplacer les morts et multiplier les points de vue, les intrigues, les lieux d’action. Pour notre plus grand bonheur : en plus du plaisir de découvrir ce qu’il y a derrière des personnages auparavant à peine abordés, certains que l’on croyait simplement mauvais ou détestables en deviennent compréhensible, si bien qu’on va s’y attacher…ou pas !
L’autre avantage est que Martin est un auteur, un vrai. Pas quelqu’un qui a décidé de se lancer dans la fantasy parce qu’il aime bien les chevaliers – même si c’est le cas – mais parce qu’il a une historie à raconter. Et il a une maîtrise et une qualité de langue qui fait envie. Et qui donne parfois du fil à retordre à ceux qui, comme moi, ont une maîtrise un peu aléatoire de l’anglais si vous décidez de le lire en VO. Je conseille néanmoins cette dernière, ne serait-ce que pour des raisons financières : les quatre premiers volumes américains se transforment, par la magie de la traduction et des préoccupations marchandes des éditeurs, en 12 livres en français ! Chacun aussi cher, voire plus, qu’un volume en VO !
Moins célèbre que la trilogie de Tolkien, le Seigneur des Anneaux, l’ouvrage de Martin n’en est pas moins un chef d’oeuvre qui a su conquérir un très grand nombre de lecteurs. Il y a même un resto aux Etats-Unis qui cuisine les plats mentionnés dans la saga ! C’est à mon sens la meilleure saga de fantasy que j’ai lue à ce jour. Les avis peuvent différer, évidemment, et je reste persuadé que d’un point de vue littéraire, Tolkien reste difficile à égaler. Mais la complexité des intrigues, leur enchevêtrement, l’élaboration des personnages complexes, changeants, terriblement humains (alors que chez Tolkien, il y a en général un trait dominant qui conditionne les actes des personnages, à quelques expressions près, Aragorn et Faramir, tous deux partagés entre leurs souhaits et leurs devoirs), l’ampleur des évènements qui agitent Westeros, leur aura de mystère (plus de la moitié de la saga publiée, et on ignore toujours un bon paquet de tenants et aboutissants)…en font un ouvrage sans égal.
Et pour ceux qui n’aiment pas lire
HBO ne s’est pas trompé sur la qualité de la saga de Martin, et en a acheté les droits voilà quelques années. Pour le plus grand plaisir de l’auteur, qui l’explique je ne sais plus où (Wikipedia?) : il aurait eu du mal à voir une histoire de cette ampleur adaptée en deux ou trois films. Rappelez-vous comment Jackson a du batailler pour faire trois films des trois livres de Tolkien avec, somme toute, une historie assez simple et linéaire. Impossible avec A Song of Ice and Fire. Heureusement, HBO est arrivé, avec ses gros moyens de chaîne payante et son propre talent indéniable. Il n’y a qu’à citer les séries produites auparavant : Sex and the City, The Wire, Six Feet Under (Claire, un post à ce sujet ?)…et surtout Deadwood et Rome. La qualité de ces deux dernières séries dans leur ensemble, mais surtout de la reconstitution des décors et des costumes laissait augurer quelque chose d’exceptionnel !
La diffusion a commencé en avril, et la série tient jusqu’à présent ses engagements. D’une esthétique à couper le souffle, elle est l’adaptation fidèle du premier volume, A Game of Thrones. Adaptation, certes : à chaque épisode, des scènes créées pour la série surprendront les fidèles du livre. Mais elles ne détonnent pas, et sont sans doute indispensables à la compréhension de l’intrigue pour qui n’a pas lu les livres. Les acteurs sont excellents, choisis avec soin. Sean Bean incarne notamment avec brio un Eddard Stark déchiré entre son attachement à ses terres et son devoir pour son ami et souverain, homme du Nord perdu dans les intrigues de la capitale du Sud. Nikolaj Coster-Waldau est resplendissant en l’arrogant Jaime Lannister, Peter Dinklage d’une justesse impressionnante dans le rôle son machiavélique nain de frère, Tyrion (par ailleurs beaucoup plus moche dans le livre).

Nikolaj Coster-Waldau incarne l'arrogant et redoutable Jaime Lannister
Certes, il n’y a pas énormément d’action pour le moment. Comme au début d’un livre, on découvre les personnages, on pose les fondations d’une histoire monumentale. Mais dès les premières minutes du premier épisode, le mystère est lancé, avec l’équivalent du prologue du livre, qui se passe au-delà du Mur. Et le cliffhanger dudit épisode accroche forcément, nous faisant languir de la suite. Il est aussi rassurant de savoir que Martin suit de près la transformation de son “bébé”. En en donnant des news sur son blog, d’abord. Mais aussi en faisant partie intégrante de la production. A tel point que cet ancien scénariste hollywoodien a demandé à scénariser un épisode par saison.
Un doute subsiste : comment est réellement perçue la série pour ceux qui découvrent l’histoire avec elle, sans rien connaître au préalable des machinations qui sont derrière les évènements ? J’ai l’impression que les scénaristes ont particulièrement bien fait leur boulot, mais comment savoir ? Claire, Mehdi, si vous n’avez pas lu les livres, un coup de main ? Je sais que vous cherchez toujours de nouveaux moyens de procrastiner !
Les fiches techniques
Les livres
Titre de la série : A Song of Ice and Fire en anglais, le Trône de fer en français.
Date de parution : A Game of Thrones (1996), A Clash of Kings (1998), A Storm of Swords (2000), A Feast for Crows (2005), A Dance with Dragons (2011), très accessibles en version paperback. 12 volumes trop chers en français, mais aussi des versions “complètes” qui depuis peu, équivalent aux volumes anglais. Trop chers aussi car en grand format.
A venir : The Winds of Winter et A Dream of Spring. Espérons qu’il n’y aura pas à nouveau 6 ans entre chaque publication.
Bonus : tout un tas de produits dérivés antérieurs à la série, des calendriers aux jeux de rôle ou de plateau, une énorme communauté de fans qui font fonctionner, entre autres, des wikis anglophone, russe et francophone (partie intégrante d’un site complet, et mieux fourni, bizarrement, que la version anglophone) et surtout, un auteur qui communique avec ses lecteurs par le biais de son site et de son “Not a Blog“.
La série
Saisons : la 1ère est en cours. Vous n’avez pas encore trop de retard !
Diffusion : le dimanche soir sur HBO. Evidemment, la version française est encore inexistante. Il y a fort à parier qu’on la retrouvera sur Canal+ ou le groupe Orange Cinéma Séries dans un ou deux ans. Et je viens d’apprendre que Canal+ diffuse déjà en Espagne !
A venir : un accord a été donné par HBO pour une deuxième saison après la diffusion du premier épisode ! Youpiii !
Bonus : la boutique HBO est bien achalandée. Affichez vos couleurs Stark ou Targaryen sur un T-shirt ou une chope de bière.
[1] Il se peut que la traduction française diffère quelque peu de mes propres termes : je me suis récemment replongé dans la série en anglais, et ma lecture de la version traduite remonte à loin. Très loin.
PS : Idem, les images viendront ultérieurement, j’ai pas trop le temps, là, je suis à un colloque !