À l’affiche

Si vous êtes un habitué des débats bornés en matière de films et du service à la clientèle, Multiplexsaura peut-être vous plaire. J’espère en tout cas que l’humour, ci-déployé par Gordon McAlpin,  vous fera oublier vos expériences les plus regrettables dans ces deux domaines.

Comme pour les Simpsons, le dessin et les couleurs s'améliorent par la suite

L’auteur nous invite ici dans un thème qui est cher à de nombreux blogueurs BD :  les petits boulots. Signe d’une époque probablement, le fait est que c’est donc un tour de force de ne pas être banal. Trois points expliquent son grand succès depuis 2005. Tout d’abord, comme les autres principaux blogueurs BD, une grande régularité. Les planches sont livrées deux fois par semaine, les lundi et jeudi, depuis 2005. Ensuite l’auteur a constamment amélioré son dessin, avec un plateau atteint à partir de la deuxième année et depuis une meilleure maîtrise des nuances et des ombres. Enfin cette BD déploie avec humour et sensibilité un univers riche et cohérent autour du cinéma et de ses petites mains, humains moyens et bien ordinaires, dont la justesse des sentiments dépeints fait tout l’attrait.

Le “casting” de Multiplex justement est assez large. Il se concentre néanmoins autour de deux principaux personnages, Kurt et Jason, au milieu de leur vingtaine, travaillant tous deux en tant que caissier, projectionniste et placeur dans le même cinéma depuis leurs 16 ans. Jason, râleur patenté, voit les films comme des oeuvres d’art avant tout, quand Kurt lui, fan de zombies, recherche d’abord le divertissement “épuré” d’un “no-brainer”. Amis improbables, ils forment un duo réjouissant et binaire à la Laurel et Hardy. Ressort comique simple mais efficace au cours de leurs discussions cinématographiques, ou sur les clients. Tout un monde gravite autour d’eux représentant plus ou moins une certaine jeunesse, plus ou moins bloquée là, plus ou moins névrosée, mais essayant de tirer le meilleur de la journée.

Première planche :  Juillet 2005.

Mise à jour : Bi-hebdomadaire, lundi et jeudi, avec une grande régularité.

Dessin : Net, sans être très détaillé. Gordon McAlpin, tout en gardant ce style très marqué des dessins à l’ordinateur, a su évoluer vers une meilleure maîtrise des couleurs et de la lumière.

Bonus : Livres, affiches et T-shirt, tout pour être heureux.

Si vous aimer, vous aimerez également : Strippedbooks du même auteur, cette fois entre le journalisme et le documentaire sur les BD et leur monde.

World Web Zombies

Dans le monde de la culture populaire les zombies semblent depuis 15 ans avoir paradoxalement pris un coup de jeune. Ou alors ont du mal à mourir en tant que mode. Ces créatures, comme les différentes créations tournant autour de leurs univers, se sont en effet multipliées et sont passées à une dialectique dépassant la dichotomie originelle : Vaudou/Romero. Que l’on pense au succès de l’adaptation télévisée de la BD The Walking Dead de Kirkman/Moore/Adlard, ou au plus littéraire Pride and Prejudice and Zombiesde Seth Grahame-Smith, en passant par le tragi-comique Zombieland, les amateurs de cerveaux connaissent indéniablement un pic de popularité.

 

 

Cette évolution en terme de public, du fan d’Iron Maiden des 80′s, à M. et Mme Tout-le-monde aujourd’hui, ferait sans doute l’objet d’une étude culturelle tant instructive qu’amusante. Elle a de toute façon  sûrement déjà été réalisée au vu des milliards brassés par ce pan de l’industrie du divertissement. Il faudrait, à n’en pas douter, prendre en compte l’influence de différentes séries qui ont popularisées le genre, dans les jeux vidéos par exemple avec les “Resident Evil” depuis 1996, ou encore l’influence de la série télé “X-Files” mondialisant un certain nombre de thèmes de la littérature d’horreur et de science-fiction. Le résultat demeure : une abondance d’oeuvres inégales renouvelant malgré tout le genre.

Récoltant les fruits des semailles “romeriennes” les blogues BD participent également à ce champ créatif, dont le très léché : The Zombie Hunters.

 

L’auteure, Jenny Romanchuk, nous emmène ici dans un récit graphique respectant les canons du genre. Suite à une apocalypse de type virale, plus connue ailleurs sous le nom de “Z-Day”, les morts ne le sont plus et les vivants sont sous la menace de ces nouveaux prédateurs. Les dits-survivants se sont organisés sur une île éloignée de toute menace zombie. Leur société est régie par  l’organisation nommée “Red Halo”, ses buts : assurer la survie de l’espèce et trouver une cure à ce qui est présenté comme une maladie. Les membres vivant sous la protection de cette organisation s’y divisent entre non-infectés et infectés. Ces derniers, porteurs du virus à l’état dormant, vivent dans des quartiers séparés et sont chargés de missions de glanage et de “nettoyage” dans les zones infectées.

Nous suivons ainsi une joyeuse équipe d’intouchables, tous plus nervosés les uns que les autres,  à travers leurs péripéties. Confrontés aux zombies, ou à une communauté qui les ghettoïse et les traite en dangereux parias utiles, la vie n’est pas toujours simple.

 

Je vous avais bien dit que ça respectait les canons du genre, non?

 

Ce qui rend cette oeuvre digne de procrastiner avec satisfaction et culpabilité est le côté très professionnel de ce blogue BD. Les dessins, utilisant le fameux logiciel : “papier-crayons”, ont ce rendu précis et très esthétique des premiers Disneys, les zombies en plus et Bambi en moins. Le jeu de couleurs rend à merveille le glauque des relations humaines, dans une société tentée par un certain autoritarisme, comme celui de la rencontre avec un mort-vivant.

Quant au scénario et à l’univers construit il est assez complet et tend parfois à un certain encyclopédisme. Les amateurs ne trouveront ainsi rien à reprocher à la typologie des zombies, ou aux efforts faits en termes géographiques. Les autres trouveront peut-être certaines longueurs dans une histoire qui malgré tout met un peu de temps à se mettre en place. The Zombie Hunters fait ainsi partie de ces BD qui demandent un certain engagement de la part du lecteur. Il faut être accroché aux personnages pour choisir de continuer à naviguer à travers les analepses et prolepses récurrentes et la seule mise à jour hebdomadaire. Il ne faut par conséquent pas s’attendre à une suite sans fin de rebondissements et d’intrigues palpitantes, mais plutôt à un mélange, pour l’instant réussi, entre création d’une ambiance et exploration des personnages. Le tout entrecoupé de massacre de zombies bien évidemment.

 

Première planche :  14 novembre 2006

Mise à jour : Hebdomadaire, tous les lundis. L’auteure s’y tient avec rigueur et parfois se permet une planche supplémentaire les jeudis.

Dessin : Traditionnel, sans être trop réaliste.

Bonus : Plein! badges, T-shirts de bon goût, livres, affiches.

 

Le jeu…sans jeu

Vous avez plein de travail. Si, si, je le sais. Moi aussi, d’où un nouvel article.

Si vous vous yconnaissez en jeux vidéo dernières générations, vous savez sans doute ce qu’est un achievement, ou “succès”. Sinon, laissez-moi vous éclairer. Dans les jeux vidéo, vous avez un certain nombre de missions/objectifs à remplir, plus ou moins en lien avec l’histoire dudit jeu : finir un niveau, tuer un boss, aider tel personnage ou tuer des bestioles.  Dans ma série de jeux favorite, Assassin’s Creed II, le personnage doit démanteler un complot, tuer des cibles précises ou aider des protagonistes pour faire avancer l’histoire. Mais il existe de plus en plus un tas d’objectifs cachés, comme courrir pendant 3 minutes sans s’arrêter, escalader un bâtiment précis, accomplir une série d’assassinats d’une manière précise. Ce genre d’objectifs ne font pas avancer le jeu, mais déclenchent un achievement, un petit logo annonçant que vous avez entrepris avec succès telle ou telle action. Ca ne sert à rien, c’est juste un défi en plus pour vous amuser un peu.

Concept

Dans Achievement unlocked, il n’y a pas de jeu. Un seul niveau, petit et très simple, de la 2D douteuse et des couleurs qui font passer la trousse Mon petit poney de votre nièce pour un objet gris et terne, et votre personnage, un éléphant, créature apparemment chère à l’auteur du jeu, jmtb02, qui en a fait le héros de bien d’autres de ses créations.

Sauf que…à droite de votre écran principal, une liste d’achievements attend d’être débloqués. Du premier, exigeant de ne rien faire, au dernier, qui est l’achievement obtenu en débloquant tous les achievements, il y en a 100 au total à découvrir. Loin de moi l’idée de vous donner des exemples : les succès listés ont des noms sibyllins, vous forçant parfois à vous creuser la tête un bon nombre de seconds. Un conseil toutefois : n’hésitez pas à cliquer partout et tout le temps, vous verrez votre pourcentage d’achèvement grandir à vue d’oeil ! Amusez-vous bien.

Capture d'écran du jeu Achievement Unlocked
A peine 18 secondes de jeu, aucune action effectuée et déjà 13% de réussite. Trop facile ? Pas sûr !

Gameplay

Très simple : c’est un jeu de type plate-formes. Iil faut bouger au sein d’un niveau où se trouvent des pièges qui “tuent” votre éléphant (ne vous inquiétez pas, il ressuscite bien vite et en pleine forme) et des ascenseurs afin de débloquer le plus d’achievements possible. Le jeu se joue à l’aide des touches fléchées permettant de sauter et d’avancer à gauche ou à droite. Et c’est tout.

Durée de vie

Assez courte. Pas de quoi repousser le travail bien longtemps, mais si le concept vous a plu, l’auteur a d’autres jeux de ce type en réserve. Je les mets de côté pour un prochain article.

Graphismes

Là aussi, rien d’extravagant. L’auteur est peut-être un graphiste hors-pair, je n’en sais rien. Mais là, il ne s’est pas foulé, et c’est sans doute aussi ce qui fait le charme du jeu. Les graphismes sont pires que le premier Mario, les couleurs criardes vous donnent l’impression de jouer sous acide et tout ce qui n’est pas carré est pixelisé.  Mais ce n’est pas grave, parce que c’est drôle et divertissant.

En bref : original et simple, Achievement unlocked est un court jeu de plate-forme divertissant qui ne vous prendra que quelques minutes à finir mais qui vous fera décrocher de votre dur labeur assez efficacement. Un dernier conseil : ne trichez (presque) pas, c’est bien plus drôle de se demander ce que cache l’achievement THIS IS SPARTA que de se le faire souffler.

3615 ta vie, rubrique : on s’en fout

(Ce titre restera, j’en ai bien conscience, absolument obscur à tout lecteur français né après 1990. Ainsi qu’à tout lecteur d’une autre nationalité quel que soit son âge. Tant pis)

Samdi, 17h. Je suis à la bibliothèque. Autant vous dire que pour être enfermée à la bibliothèque un samedi, j’ai du boulot en retard.

Du genre urgent et important.

Mais je m’ennuie telllllemmment (oui, avec autant de L et de M : je vis au Québec ET je lis la vie de la sainte mère Catherine de Saint Augustin.  Donc c’est chiant (de lire la vie de mère Catherine machin, pas de vivre au Québec), et j’ai le droit de faire passer tout mon ennui dans un adverbe (ça c’est très québécois)).

Je m’ennuie tellement, disais-je avant de m’auto-interrompre, que je préfère venir écrire sur le procrastinablog (En plus, avec les fermeture de sites de streaming, j’ai perdu 80% de mes activités procrastinatoires…)

Bref, je me suis dit que je pouvais vous faire partager un truc absolument brillant.

C’est un tumblr (la différence avec un blog m’échappe. On dirait que c’est comme un blog, mais en plus épuré..) dont l’auteur lit la presse régionale.

Avez-vous déjà ouvert La Montagne ? Le Berry Républicain ? L’Yonne Républicaine ? Le Midi-Libre ? Le Télégramme ?  Il en existe d’autre, mais ce sont ces titres de presse qui ne sont diffusé que dans certaines régions de France. Quelques pages sont consacrées à l’actualité nationale et internationale, mais l’intérêt de ces journaux, ce sont les nouvelles locales. C’est là-dedans que votre grand-mère se tient au courant des enterrements, c’est là que sont publié les résultats du brevet de votre collège ou ceux du bac de votre lycée. On y trouve aussi les horaires des cinémas les plus proches et autres informations pratiques, comme les horaires du tournoi de belote de l’association des retraités dynamiques…

Le tumblr “me raconte pas ta vie dans le journal” est un drôle d’objet. L’auteur découpe et numérise des coupures de journaux, des photos des évènements qui se sont trouvés dans ces publication de la PQR (Presse Quotidienne Régionale, bande d’incultes), avec la légende qui les accompagnait, sans commentaire.

Des images qui confine parfois à l’absurde :

mais dont l’accumulation à quelque chose de poétique.

Derrière ceci se trouve un projet artistique, détaillé par l’auteur dans l’onglet “à propos” :

«Les quotidiens régionaux recèlent de ces micro-évènements qui, une fois empilés,dessinent un paysage singulier, un concentré d’humanité. Détachées de leur contexte, ces curiosités proposent une incursion dans une chose très concrète,
le réel de la vie quotidienne régionale.»

Vous pouvez vous y perdre quelques heures. Peut-être qu’une fois que vous en aurez fait le tour, les sites de streaming auront retrouvé de leurs couleurs (ou seront définitivement morts)

Salauds d’animaux

Jusqu’à présent, nous vous avions toujours présenté des moyens de procrastination de haut niveau. De véritables oeuvres artistiques ou de l’humour réfléchi, irrévérencieux ou absurde mais toujours bien construit.

Baissons le niveau : vous avez bien quelques heures à perdre pour regarder des animaux vicieux s’en prendre à leurs maîtres ou leurs congénères. Voire à eux-mêmes.

Chat ninja

C’est là tout le concept d‘Animals Being Dicks : un petit GIF animé de quelques secondes mettant en scène un ou plusieurs animaux dans une situation défiant parfois les lois naturelles comme ce chien vandale ou au contraire s’y conformant parfaitement, comme ce bison à l’instinct de survie hyper-développé.

Vous l’aurez compris, on est ici au niveau 0 de la procrastination : bête, méchante et de mauvaise qualité. Mais ça nous fait rire quand même. Allez, un dernier pour la route, parce que j’ai honte de l’avouer, mais les chats sur Internet, ça me fait rire.

Le chat troll

Qui n’a jamais rêvé de se battre avec un babouin ?

J’avais écrit un article.

Non je vous jure, un vrai (sous la menace de Ben qui m’a menacé de fouetter avec des orties si je n’écrivais rien ici, certes. Mais je l’avais écrit!).

Et puis, probablement parce que je ne sais plus me servir du blog, tout mon texte a été supprimé par WordPress : ne reste que le titre. Ça m’apprendra à disparaître depuis si longtemps tiens..

C’est tout de même injuste. Moi qui voulais vous parler de porridge, de bière, et de pourquoi les porcs sont plus fun que les humains.

J’avais prévu de vous parler d’un site ou l’on trouve des comics qui affirme l’importance de ne pas laisser son tyrannosaure prendre de la cocaïne, des quizz qui vous permettent de savoir combien de babouins vous pourriez terrasser si vous étiez uniquement armé d’un godemiché géant, ou qui fait de la pédagogie sur l’usage irraisonné des adverbes. C’est dommage tout de même, que j’ai perdu tout mon texte sur The Oatmeal.

Sur ce, je vous laisse avec une révélation qui nous fera tous réfléchir à notre prochaine incarnation sur Terre :

(Extrait de : 5 reasons pigs are more awesome than you)

The Oatmeal

date de fondation : pfffiu aucune idée. Mais est-ce le moins du monde important ?

mises à jour : aléatoires et selon l’humeur de l’auteur. Un peu comme ici mettons, mais les archives ont de quoi vous occuper un moment.

bonus : T-shirt, bouquin (5 really good reasons to punch a dolphin in the mouth) autocollant et même une magnifique série d’horribles cartes de vœux.

Alice au pays des LGBT

L’article que vous allez lire traite d’une BD destinée à un public adulte, ou qui n’aurait pas de contrôle parental efficace sur son ordinateur…

 

Anaïs Phalèse a tout de la jeune lycéenne ordinaire, dont les principaux soucis de tourment sont le contrôle de physique du lendemain et un petit frère entre 12 et 15 ans… et “C.urvy” aurait tout du blogue BD mièvre et plan-plan s’il se contentait de conter les palpitantes rencontres d’Anaïs avec le capitaine de l’équipe de football, ses soucis de peau et sa rivalité avec la brune qui veut lui piquer le dit capitaine.

 

Sauf que ce n’est pas du tout, mais alors vraiment pas le cas! ou en alors dans une perspective revisitée par Sylvan Migdal et son univers, (n’ayons pas peur des néologismes barbares) post-psychédélico-geek.

En effet tant dans son esthétisme, que dans son approche de la sexualité, ou de la critique socio-politique, l’oeuvre de Sylvan Migdal rappelle fortement les BD des sixties. On peut penser à Voyage au centre de la C…ulture  de Jean Yanne et Tito Topin. Un soupçon de référence geek en plus, un graphisme qui prend une pincée d’animaniacs et un angle d’attaque résolument tournée vers les sexualités, et leur peinture réaliste  et les questions transgenres font la différence et viennent, péniblement, justifier mon néologisme.

Anaïs voit ainsi son petit monde bouleversé par l’arrivée de Fauna, princesse de “Candy World”, fuyant via un passage inter-dimensionnelle, un mariage forcé avec Augustus, prince de “Stupid World”… et c’est parti pour une belle “romance moderne”. Elles feront plein de rencontres en route, comme une petite sirène qui voulait devenir un homme, une armée de mimes ou un bateau de pirates lesbiennes…

Première planche : 29 mars 2008.

Mise à jour : Hebdomadaire, le vendredi.

Dessin : Psydélico-cartoonesque, en noir et blanc cependant.

Bonus : Un blogue BD aussi populaire traitant d’homosexualité, entre autres, ce n’est pas si banal. L’auteur est cependant loin d’être un fainéant et met à disposition dans sa boutique deux livres de C.urvy, et de Rhô, une autre de ses oeuvres  ainsi que des fonds d’écrans et des histoires en bonus pour ceux qui le soutiennent financièrement.

Si vous aimez :  Vous aimerez Athena Wheatley, du même auteur et cette fois en couleur.

Conan chez les bisounours

Tout vient à point à qui sait attendre!

 

La chronique BD du procrastinablog n’échappe pas à cette règle. J’ouvre cependant cette rubrique longtemps interrompue par quelque chose de facile et de largement connu du “Ouèbe” :

Ce très vieux blogue BD fut ainsi un des premiers gros succès du genre “amateur-autoproduit” sur internet. En effet, depuis mai 2002, son sympathique dessinateur/scénariste : “Mookie”, ou Michael Terracianno, abreuve une très large communauté de fidèles des aventures de Dominic Deegan, voyant à louer.

Là où cette oeuvre révèle son originalité est qu’elle se garde du classique cheminement d’Heroic Fantasy. Dominic n’est pas vraiment envoyé de donjons en temples maudits, trucidant dragons accompagné d’un elfe/nain/guerrier. Non, poussé par la nécessité, Dominic Deegan se sert de son don de clairvoyance pour répondre aux questions saugrenues et oiseuses des habitants de son patelin. C’est confronté à des interrogations telles que : “où sont mes clés?” ou encore “que pense de moi la voisine?” que Dominic débute ses péripéties.

 

Première planche de D.D, encore sous un format assez classique

Car péripéties il y aura! Mookie, sans avoir l’air d’y toucher, déjouant  les intuitions et les scénarios faciles,  avec une bonne dose de jeux de mots douteux, de recettes classiques de la culture populaire en général et de la fantaisie en particulier et une certaine finesse psychologique dans la peinture de ses personnages, innove et surprend encore aujourd’hui. Dominic Deegan évolue ainsi dans un univers qui, s’il est moins farfelu et riche que celui de Terry Pratchet (mais il s’agit d’un maître du genre…), est bien plus complexe et n’a rien a envier à beaucoup d’écrivains ou bédéistes contemporains, tant anglophones que francophones. Son traitement du thème du don de clairvoyance est ainsi plus poussé et à la fois plus ramassé que les tomes relativement vagues de Pierre Bordage : Les Derniers Hommes.

Un autre argument en faveur de ce blogue serait le grand professionnalisme de Mookie. Il livre du lundi au vendredi depuis 2002 (temps de la côte est), avec une régularité de métronome, a constamment amélioré son dessin, et ses scénarios, tout en offrant une page dénuée de publicités.

Une des dernières planches où l'auteur s'essaye à l'éclatement du cadre de narration habituelle

 

Première planche : 21 mai 2002

Dessin : Noir et blanc. Assez bancal, pas génial au niveau anatomie, raideur évidente dans ses personnages. De plus Michael Terracianno a du mal a faire “vibrer” ses dessins par son usage assez “épuré” du noir et blanc. On ne reste pas à lire ce blogue pour les dessins, on s’attache, ou pas, aux personnages et si on reste on finit par aimer tous les défauts de Mookie.

Bémol : Il ne faut pas avoir peur des histoires qui se finissent bien. Si certains épisodes sont très sombres, on reste généralement dans une fantasy joyeuse, humoristique (sans être du Naheulbeuk). L’oeuvre de Mookie se rattache de temps en temps maladroitement, avec un côté bien pensant, à des thèmes contemporains et de société : écologie, racisme, homophobie etc…

Bonus? Les livres et T-shirts sont bien là. De manière générale si vous voulez procrastiner par temps froid et pluvieux et sourire en même temps cette BD est pour vous.

20 000 lieues sous les mers

Dernier article voilà presque trois mois, mais aucune culpabilité : on procrastine pour le blog comme dans la vie !

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et il est temps de reprendre activement la croisade au nom de l’inaction. J’ai découvert tout récemment un petit jeu qui fait facilement perdre une heure, et qui m’en fera perdre deux, puisque j’en prends une pour rédiger l’article. Assez divertissant, il a en outre l’avantage de permettre au joueur d’en voir rapidement la fin, contrairement à GemCraft Labyrinth, que je n’ai toujours pas fini ! Attrapez vos palmes et votre masque, et plongeons dans les profondeurs de Scuba.

Concept

Développé par Louissi, de son nom Louis-Simon Ménard, un Montréalais (ce qui va titiller la fibre québéco-sensible d’un bon nombre d’entre nous) et produit, une fois de plus, par Armor Games, Scuba raconte l’histoire d’un astronaute s’écrasant avec sa fusée sur une planète abyssale où s’étendent, à la surface, une myriade d’îles flottantes. L’astronaute est indemne, mais son vaisseau est cloué au sol, le moteur étant si endommagé par l’impact qu’il n’en reste rien de récupérable. Fort heureusement, la planète est couverte de ressources en tous genres : vieux boulons, diamants, gaz naturel et plantes bio-luminescentes n’attendent que d’être récoltées par le petit astronaute qui, fort de ses compétences en alchimie et de son laboratoire intersidéral, va reconstituer à partir de rien un moteur tout neuf.

L'astronaute et son vaisseau
Voici le fabuleux vaissea-laboratoire et son pilote, l’astronaute-homme-grenouille

Le jeu ne s’appelle pas Scuba pour rien : l’essentiel de la recherche d’ingrédients se passe sous l’eau, ce qui est fort heureux pour notre héros car la NASA de sa planète fait définitivement ressembler les combinaisons spatiales à des scaphandres avec palmes, bouteilles et lampe de poche. Armé de sa torche laser qui vient à bout de tout, qu’il s’agisse de poissons, de ressources ou même de l’écorce terrestre, l’aventurier de l’espace s’improvise aventurier des profondeurs pour échapper à son destin : mourir au milieu des méduses et des algues !

Gameplay

Une étrange alchimie

Le gameplay de Scuba est assez intuitif et simple. Le principe est de récolter des ressources en les extrayant du sol ou du sous-sol avec sa torche laser, puis de retourner à son vaisseau ou dans un laboratoire de fortune que vous aurez construit au préalable pour les combiner, et donner naissance à d’autres matériaux, ou à du matériel de plongée plus performant. Vous pourrez aussi créer des structures à déposer quelque part dans les abysses, qui vous permettront de vous réapprovisionner en oxygène ou de faire vos manipulations alchimiques sans retourner au vaisseau. A vous, donc de récupérer autant d’exemplaires que possible de la douzaine de matériaux qui vous aideront à progresser dans le jeu, de retourner à votre vaisseau (toujours indiqué par une flèche blanche, indispensable vu la taille du monde) puis de suivre le livre de recettes fourni dans le jeu pour les combiner et en récupérer le résultat dans l’inventaire. D’ailleurs, on peut regretter que ces recettes soient aussi mal présentées, obligeant à de multiples allers-retour entre différentes fenêtres pour vérifier un agencement correct ou envisager une stratégie à long terme. M. Ménard, un pdf ou un petit récapitulatif en annexe, ou sur votre site serait-il envisageable ? Pour l’extraction en revanche, rien de plus simple : un coup plus ou moins prolongé de pioche laser sur la ressource visée ou sur un bout de planète en travers de votre chemin, et le voici en votre possession.

Inventaire
L’inventaire et laboratoire : à gauche, votre équipement, en bas, vos trouvailles et à droite, la table où combiner ces dernières pour créer de nouveaux objets.

Certains sont évidemment plus faciles à obtenir ou à créer que d’autres. Vous trouverez sans aucun problème de la terre, puisque vous pouvez à loisir désintégrer les blocs de paysage pour créer des accès. D’autres ressources sont plus délicates à dégoter. L’énergie implique souvent la désintégration des créatures vivant dans l’eau, alors que l’or ou le diamant demandent un tas de ressources avancées pour être créés, ou de s’engager dans les grands fonds où il n’y a plus de lumière pour être extraits du sol.

Ressources en surface
Les ressources en surface sont souvent variées, parfois en grande quantité, mais rarement précieuses.

Pression, oxygène et lampe torche

C’est là que votre équipement entre en ligne de compte. Si vous pouvez sans risque explorer la surface sur toute la longueur de la carte, s’enfoncer dans les profondeurs marines demande un peu plus de planification. Comme je sais que la plongée n’a aucun secret pour vous, je n’entre pas dans les détails, mais votre astronaute est apparemment humain : il ne peut pas respirer sous l’eau sans assistance, son corps est sensible à la pression, et ses yeux ont besoin d’un minimum de lumière pour savoir où il va. Attention donc à ne pas vous lancer à l’assaut des diamants des grands fonds dès le début du jeu : votre piètre équipement de départ n’y survivrait pas. Il faut miner, chers amis, et élaborer un matériel de plus grande qualité. Les bouteilles augmenteront votre durée d’immersion. Un meilleur scaphandre vous permettra de descendre plus profondément. Vous équiper d’une bonne lampe éclairera plus loin et plus longtemps dans ces noires profondeurs. Une torche laser à son dernier niveau vous permet de miner à grande distance et des palmes de meilleure qualité feront de vous une véritable torpille.

Or dans les grands fonds
Les ressources les plus rares sont souvent tout au fond. On a tout intérêt à posséder un bon équipement et une bonne lampe si on espère les récupérer.

De plus, vous avez la capacité de créer des structures à déployer où vous le voulez, qui vous permettront de bénéficier d’un peu de lumière, de refaire le plein de piles pour votre lampe ou d’oxygène pour vos bouteilles, ou de pratiquer votre art alchimique en toute quiétude à 3000 mètres de fond. Ne pensez pas que vous avez le choix de vous passer du meilleur équipement, de niveau 4 : fort utile à la descente dans les fosses abyssales, il est aussi indispensable à la réparation de votre moteur. Oui, il y a des palmes et un scaphandre dans la machinerie d’un vaisseau spatial.

Un dernière chose : les créatures sous-marines de cette planète sont hostiles. Certes, elles fournissent de l’énergie, mais sont apparemment venimeuses car les heurter vous fera perdre un de vos dix points de vie.

Durée de vie

Scuba peut être rapidement achevé. La facilité à récupérer quelques ressources de base, et surtout de la terre, fait qu’on arrive rapidement à produire les ingrédients les plus délicats à obtenir, l’or ou les diamants. Une petite expédition à la surface, et une grande aventure au fond de l’océan à la perpendiculaire de votre vaisseau vous permettra sans problème de créer le moteur dont vous avez besoin pour finir le jeu. En soi, ce n’est pas un jeu difficile. Il vous faudra moins d’une heure pour en arriver à bout. Cependant, quelques challenges peuvent pimenter l’aventure et faire durer le plaisir.

  • Le jeu est chronométré. Essayez-donc de battre votre propre record de vitesse. Ne vous calquez pas sur les temps des autres joueurs, le plus rapide le finit en 2 secondes. Il doit y avoir un bug à exploiter !!!
  • Le monde est énorme. Il est peut-être possible de finir le jeu sans jamais créer d’ingrédient. Cantonnez-vous à la création d’équipement, et ne vous procurez de ressources qu’en les extrayant du sol.
  • Il est nécessaire d’utiliser – et donc de renoncer – à tout votre équipement pour construire le moteur. Faites-en un deuxième, que vous garderez en souvenir. Ça fera bien dans la cabine de votre fusée.
  • Si vraiment vous aimez les défis, videz le monde de sa terre. Ça fera un gigantesque océan, les poissons seront contents. Et ne vous inquiétez pas pour votre oxygène. La terre que vous récupérerez vous permettra aisément de produire les quelques structures indispensables.
Enfin, il faut préciser que le monde est généré aléatoirement à chaque nouvelle partie. Il est donc impossible de rejouer de fois le même scénario.

Graphismes

Les jeux de Louissi sont généralement assez bon sur le plan graphique. Scuba ne fait pas exception à la règle. Assez coloré, il a un petit côté cartoon assez agréable (notamment par l’aspect du personnage et de la fusée). Les rondeurs, les contours nets, les couleurs vives trahissent un dessin très informatisé sans que cela soit réellement gênant. On est loin du pixel-art qui donnerait au jeu un aspect vraiment cheap. Il met l’accent, évidemment, sur une répétition et une codification assez marqué pour qu’on puisse s’y retrouver dans les ressources et savoir ce qu’on a récupéré, sans toutefois virer à la juxtaposition de 16 éléments de paysage répétés à l’infini. La lumière est particulièrement bien gérée dans ce jeu, avec une obscurité de plus en plus grande à mesure qu’on descend dans les profondeurs océaniques, obscurité parfois brisée par des végétaux ou animaux bio luminescents, dont le halo vert ou rose disparaîtra subitement sous notre rayon laser.

En bref : Scuba est un bon jeu d’aventure, sans grande révélation au niveau du concept mais dont la finition est soignée. Plutôt court, il n’occupera pas vos longues journées où vous devriez travailler si vous n’y mettez pas un peu du vôtre mais vaut quand même le détour. Bon jeu.

A Song of Ice and Fire

Aujourd’hui, d’une pierre deux coups. Abordons un moyen de procrastiner durable et passionnant, qui vous occupera largement et a encore de beaux jours devant lui.

Je veux parler de la magnifique saga de G.R.R. Martin, A Song of Ice and Fire, et de son dérivé télévisuel, A Game of Thrones qui est aussi le titre du premier opus d’une saga qui comptera à terme sept volumes. Peut-être même avez-vous déjà lu tout ou partie des ouvrages publiés en français sous le titre Le Trône de Fer.

Au commencement, il y eut le livre…

Je vais tenter l’exploit de parler d’une série de quatre – bientôt cinq – livres sans (trop) vous spoiler le visionnage de la série, dont la première saison correspond au premier tome.

A Dance with Dragons cover

Couverture du tome 5 à paraitre, A Dace with Dragons

Contexte et synopsis

A Song of Ice and Fire, c’est l’histoire d’un royaume, Westeros, aussi appelé les Sept Royaumes (Seven Kingdoms), ou peut être les Sept Couronnes, je ne sais plus trop[1] sis dans un monde fictif clairement médiéval fantastique où les saisons durent des années. Fortement marqué par l’Occident médiéval, avec sa structure féodale, Westeros est néanmoins une terre de contraste, en partie en raison de son immensité. Fusion d’anciens royaumes indépendants, unifiés par Aegon le Conquérant voilà plusieurs siècles, le pays s’étend du Nord où même en été, on peut trouver de la neige, à Dorne dans l’extrême Sud, dernier royaume rattaché au Trône de Fer, le Trône des Sept Royaumes, forgé par le dragon d’Aegon à partir des épées de ses ennemis défaits. Chacun de ces Royaumes est dirigé par un Seigneur, suzerain d’autres seigneurs, eux-mêmes ayant à leur service des chevaliers, tout ça formant un équilibre précaire à peine maintenu en place par un jeu d’alliances militaires ou matrimoniales, chacun des seigneurs essayant de se placer au mieux pour gagner en prestige ou en fortune.

Tout semble aller pour le mieux dans le royaume. C’est l’été, la situation est stable. Le Roi Robert Baratheon, souverain depuis qu’il a chassé du Trône de Fer le roi Aerys “le Fou” à la suite d’une rébellion sanglante entreprise, vous le découvrirez vite, pour des raisons sentimentales, gouverne avec son mentor pour bras droit, la Main du Roi. Mais voilà, “out of the blue”, ladite Main, Jon Arryn, vient à casser sa pipe. Ni une, ni deux, Robert décide de chevaucher vers le Nord où vit Lord Eddard Stark, Seigneur de la susdite terre qui fait bien la moitié du pays, pour lui demander de devenir Main à la place de  la défunte Main. Stark, gardien du Nord, seigneur de Winterfell, descendant d’une lignée millénaire, est aussi le meilleur ami du Roi, avec qui il a grandi chez Arryn, compagnon d’armes et frère de la “raison sentimentale” qui a déclenché la rébellion de Robert. Entre autres. Et Eddard Stark, c’est un homme juste et fidèle, un parangon d’honneur. Il accepte donc d’aider son ami, pour tout un tas de raisons que je ne détaillerai pas, et s’en va chevaucher vers King’s Landing (Port-Réal), la capitale et coeur d’un énorme nid de vipère  dans lequel ce pauvre seigneur du Nord droit dans ses bottes (l’un des rares personnages qui ne soit pas motivé par la gloire ou la fortune) ira allègrement mettre le pied. Ca, c’est l’un des deux tenants de l’histoire, un imbroglio d’intrigues et de trahisons avec pour objectif final une place au plus près du Trône de Fer, et si possible dessus.

L’autre donne bien vite le sentiment que l’avenir du royaume ne se joue en réalité pas à King’s Landing mais à ses frontières. Au nord du Nord, un gigantesque mur de plusieurs centaines de mètres de haut et gardé par un ordre de soldats qui n’est plus que l’ombre de lui-même, la Garde de Nuit, préserve le royaume des wildlings, des humains sans seigneurs un peu turbulents et ayant une forte propension à éviter l’endogamie en prélevant des femmes (peut-être des hommes aussi) au sud du Mur, dans Westeros. A la base, le Mur avait été aussi et surtout construit pour protéger les sept royaumes des Autres, des spectres de l’hiver dont on sait peu, et la Garde de Nuit non plus d’ailleurs, vu qu’on n’en a plus entendu parler depuis plusieurs milliers d’année…*gros clin d’oeil complice*

Et, à l’Est, de l’autre côté de la Narrow Sea, les deux descendants de la famille légitime, les Targaryen, fils et fille d’Aerys, s’efforcent de retrouver ce qui leur appartient de droit. Pour cela, Viserys, l’aîné, a une idée : donner sa jeune soeur Daenerys en mariage au Khal Drogo, le chef du plus puissant et plus peuplé des khalasars, ces groupes de nomades, seigneurs des chevaux et guerriers redoutables. En échange, Drogo est censé fournir à Viserys une armée pour reconquérir le Trône de Fer. Là encore, je n’en dis pas plus, si ce n’est que Daenerys est la vraie héroïne des deux personnages.

Une narration de qualité

La particularité du Trône de Fer, c’est que chaque petit chapitre est raconté avec le point de vue d’un des personnages principaux. A la troisième personne, mais avec les faits analysés et interprétés selon le schéma mental de chacun. Ainsi, on suivra la vision à la limite de la psychorigidité de Ned Stark qui réalise doucement dans quel guêpier il s’est fourré. On vivra aussi l’histoire à travers les yeux de ses enfants : Robb, l’héritier, Bran, l’éclopé qui rêvait, avant son accident, de devenir chevalier, ou Jon, son bâtard parti pour la Garde de Nuit en quête de reconnaissance, Sansa, la seconde, qui ne veut rien d’autre qu’être une Dame, et son antithèse, Arya, qui refuse de se plier au modèle féminin qui a cours à Westeros (objet d’échange et d’alliance, chargée uniquement de porter les héritiers des seigneurs) et préfère manier Aiguille, son épée, que l’aiguille sur l’ouvrage. Parmi les autres personnages principaux, on retrouve Daenerys, Tyrion Lannister, cadet de la famille la plus riche du royaume et nain difforme mais terriblement intelligent, Catelyn Tully, femme d’Eddard Stark ou Cersei Lannister, l’ambitieuse Reine de Robert et soeur de Tyrion.

Jon Snow et son loup

Jon Snow, le bâtard d'Eddard Stark, membre de la Garde de Nuit

Sauf que voilà, faisant montre d’un réalisme violent qui n’épargne rien à ses personnages, Martin a bientôt dû ou voulu introduire des nouveaux narrateurs pour remplacer les morts et multiplier les points de vue, les intrigues, les lieux d’action. Pour notre plus grand bonheur : en plus du plaisir de découvrir ce qu’il y a derrière des personnages auparavant à peine abordés, certains que l’on croyait simplement mauvais ou détestables en deviennent compréhensible, si bien qu’on va s’y attacher…ou pas !

L’autre avantage est que Martin est un auteur, un vrai. Pas quelqu’un qui a décidé de se lancer dans la fantasy parce qu’il aime bien les chevaliers – même si c’est le cas – mais parce qu’il a une historie à raconter. Et il a une maîtrise et une qualité de langue qui fait envie. Et qui donne parfois du fil à retordre à ceux qui, comme moi, ont une maîtrise un peu aléatoire de l’anglais si vous décidez de le lire en VO. Je conseille néanmoins cette dernière, ne serait-ce que pour des raisons financières : les quatre premiers volumes américains se transforment, par la magie de la traduction et des préoccupations marchandes des éditeurs, en 12 livres en français ! Chacun aussi cher, voire plus, qu’un volume en VO !

Moins célèbre que la trilogie de Tolkien, le Seigneur des Anneaux, l’ouvrage de Martin n’en est pas moins un chef d’oeuvre qui a su conquérir un très grand nombre de lecteurs. Il y a même un resto aux Etats-Unis qui cuisine les plats mentionnés dans la saga ! C’est à mon sens la meilleure saga de fantasy que j’ai lue à ce jour. Les avis peuvent différer, évidemment, et je reste persuadé que d’un point de vue littéraire, Tolkien reste difficile à égaler. Mais la complexité des intrigues, leur enchevêtrement, l’élaboration des personnages complexes, changeants, terriblement humains (alors que chez Tolkien, il y a en général un trait dominant qui conditionne les actes des personnages, à quelques expressions près, Aragorn et Faramir, tous deux partagés entre leurs souhaits et leurs devoirs), l’ampleur des évènements qui agitent Westeros, leur aura de mystère (plus de la moitié de la saga publiée, et on ignore toujours un bon paquet de tenants et aboutissants)…en font un ouvrage sans égal.

Et pour ceux qui n’aiment pas lire

HBO ne s’est pas trompé sur la qualité de la saga de Martin, et en a acheté les droits voilà quelques années. Pour le plus grand plaisir de l’auteur, qui l’explique je ne sais plus où (Wikipedia?) : il aurait eu du mal à voir une histoire de cette ampleur adaptée en deux ou trois films. Rappelez-vous comment Jackson a du batailler pour faire trois films des trois livres de Tolkien avec, somme toute, une historie assez simple et linéaire. Impossible avec A Song of Ice and Fire. Heureusement, HBO est arrivé, avec ses gros moyens de chaîne payante et son propre talent indéniable. Il n’y a qu’à citer les séries produites auparavant : Sex and the City, The Wire, Six Feet Under (Claire, un post à ce sujet ?)…et surtout Deadwood et Rome. La qualité de ces deux dernières séries dans leur ensemble, mais surtout de la reconstitution des décors et des costumes laissait augurer quelque chose d’exceptionnel !

La diffusion a commencé en avril, et la série tient jusqu’à présent ses engagements. D’une esthétique à couper le souffle, elle est l’adaptation fidèle du premier volume, A Game of Thrones. Adaptation, certes : à chaque épisode, des scènes créées pour la série surprendront les fidèles du livre. Mais elles ne détonnent pas, et sont sans doute indispensables à la compréhension de l’intrigue pour qui n’a pas lu les livres. Les acteurs sont excellents, choisis avec soin. Sean Bean incarne notamment avec brio un Eddard Stark déchiré entre son attachement à ses terres et son devoir pour son ami et souverain, homme du Nord perdu dans les intrigues de la capitale du Sud. Nikolaj Coster-Waldau est resplendissant en l’arrogant Jaime Lannister, Peter Dinklage d’une justesse impressionnante dans le rôle son machiavélique nain de frère, Tyrion (par ailleurs beaucoup plus moche dans le livre).

Jaime Lannister

Nikolaj Coster-Waldau incarne l'arrogant et redoutable Jaime Lannister

Certes, il n’y a pas énormément d’action pour le moment. Comme au début d’un livre, on découvre les personnages, on pose les fondations d’une histoire monumentale. Mais dès les premières minutes du premier épisode, le mystère est lancé, avec l’équivalent du prologue du livre, qui se passe au-delà du Mur. Et le cliffhanger dudit épisode accroche forcément, nous faisant languir de la suite. Il est aussi rassurant de savoir que Martin suit de près la transformation de son “bébé”. En en donnant des news sur son blog, d’abord. Mais aussi en faisant partie intégrante de la production. A tel point que cet ancien scénariste hollywoodien a demandé à scénariser un épisode par saison.

Un doute subsiste : comment est réellement perçue la série pour ceux qui découvrent l’histoire avec elle, sans rien connaître au préalable des machinations qui sont derrière les évènements ? J’ai l’impression que les scénaristes ont particulièrement bien fait leur boulot, mais comment savoir ? Claire, Mehdi, si vous n’avez pas lu les livres, un coup de main ? Je sais que vous cherchez toujours de nouveaux moyens de procrastiner !

Les fiches techniques

Les livres

Titre de la série : A Song of Ice and Fire en anglais, le Trône de fer en français.

Date de parution : A Game of Thrones (1996), A Clash of Kings (1998), A Storm of Swords (2000), A Feast for Crows (2005), A Dance with Dragons (2011), très accessibles en version paperback. 12 volumes trop chers en français, mais aussi des versions “complètes” qui depuis peu, équivalent aux volumes anglais. Trop chers aussi car en grand format.

A venir : The Winds of Winter et A Dream of Spring. Espérons qu’il n’y aura pas à nouveau 6 ans entre chaque publication.

Bonus : tout un tas de produits dérivés antérieurs à la série, des calendriers aux jeux de rôle ou de plateau, une énorme communauté de fans qui font fonctionner, entre autres, des wikis anglophone, russe et francophone (partie intégrante d’un site complet, et mieux fourni, bizarrement, que la version anglophone) et surtout, un auteur qui communique avec ses lecteurs par le biais de son site et de son “Not a Blog“.

La série

Saisons : la 1ère est en cours. Vous n’avez pas encore trop de retard !

Diffusion : le dimanche soir sur HBO. Evidemment, la version française est encore inexistante. Il y a fort à parier qu’on la retrouvera sur Canal+ ou le groupe Orange Cinéma Séries dans un ou deux ans. Et je viens d’apprendre que Canal+ diffuse déjà en Espagne !

A venir : un accord a été donné par HBO pour une deuxième saison après la diffusion du premier épisode ! Youpiii !

Bonus : la boutique HBO est bien achalandée. Affichez vos couleurs Stark ou Targaryen sur un T-shirt ou une chope de bière.

[1] Il se peut que la traduction française diffère quelque peu de mes propres termes : je me suis récemment replongé dans la série en anglais, et ma lecture de la version traduite remonte à loin. Très loin.

PS : Idem, les images viendront ultérieurement, j’ai pas trop le temps, là, je suis à un colloque !