Cuir, bécanes et guerres de gangs

Le crime a la cote. Depuis The Sopranos, diffusée par HBO à partir de 1999 et jusqu’en 2007, plusieurs séries se sont mises à avoir des héros ambigus, dont la bonté d’âme, l’altruisme et la philanthropie ne sont pas les caractéristiques premières. Flirtant avec la frontière de la légalité, voire la franchissant allègrement, ils sont souvent préoccupés par des enjeux très terre à terre, leur survie et celle de leurs proches figurant au premier plan.

Après The Sopranos narrant les états d’âme d’un chef mafieux du New Jersey, on a ainsi vu naître deux autres grandes séries au début des années 2000. The Shield, sur FX, retrace le parcours d’une unité antigang du district fictif de Farmington et du sens de la justice très particulier qu’entretiennent ses membres. The Wire, diffusé par HBO et considérée par beaucoup comme la meilleure série de tous les temps, dresse les portraits croisés de plusieurs milieux de Baltimore (flics, traficants, politiciens, journalistes…) sans prendre de parti pris pour le bon ou le mauvais côté de la loi.
Enfin, la série bien plus récente Boardwalk Empire (HBO, encore) aborde le milieu de la pègre d’Atlantic City et, dans une moindre mesure, de Chicago et New York dans les années 1920, période du grand banditisme et de la prohibition.

J’ai toutefois un faible pour une autre série de bad boys, une série qui sent bon le soleil californien, la poudre des armes à feu et le bruit des Harley Davidson.

Jax Teller, vice-president

Riding through this world…

Sons of Anarchy se déroule dans la ville fictive de Charming, au coeur du très réel Comté de San Joaquin, en Californie. Les héros en sont les membres du chapitre-mère d’un club de motards, façon Hell’s Angels (les 1% de « motards hors-la-loi de l’American Motocyclist Association), encore que d’une ampleur bien moindre. Le Sons of Anarchy Motocycle Club est créé à la fin des années 1960, par deux vétérans du Vietnam désabusés et avides de liberté, bientôt rejoints par sept autres Sons. Les First Nine auront beaucoup d’enfants, allant jusqu’à créer des chapitres en Europe, et notamment en Irlande du Nord. Mais si cette mythologie et les liens avec les autres chapitres sont souvent évoqués au cours de la série, c’est dans le présent qu’on suit les SAMCRO (Sons of Anarchy Motorcycle Club, Redwood Original, le nom du chapitre-mère), aussi appelés Sam Crow.
Le club est devenu une entreprise criminelle avérée, spécialisée dans le trafic d’armes grâce à leurs contacts irlandais de la True IRA. Ils mettent à profit les bénéfices de ce trafic pour protéger Charming de tout ce qui peut troubler sa tranquilité, des autres gangs au trafic de drogue en passant par les dérives du capitalisme sauvage. Scène révélatrice de ce dernier aspect : lorsque dans la première saison, un agent de l’ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives) débarque de Chicago, sa première réplique est de regretter l’absence de Starbucks dans la ville.
Ces objectifs s’entrecroisent. Dans la première saison, les Sons s’opposent aux Mayans, un club de motards hispano-américains qui versent dans le trafic de drogue. L’opposant principal du club dans la saison suivant est un groupe de suprémacistes blancs dont la base tatouée et mal éduquée « cuisine » de la meth dans des caravanes tandis que ses dirigeants s’occupent de gestion immobilière à des fins spéculatives. Sans compter que les menaces passées sont loin de disparaître systématiquement, et qu’en hors-la-loi, SAMCRO doit toujours tenir compte des autorités plus ou moins influençables.

Sons of Anarchy Motorcycle Club

La photo promotionnelle parle d’elle-même : au coeur du club, et au centre de la série, le personnage de Jax Teller (Charlie Hunnam)

Ces trafics, luttes d’influence, expéditions punitives et magouilles en tous genres ne sont toutefois que le contexte, l’arrière-plan d’une histoire bien plus intimiste qui met le personnage principal, Jax Teller, fils de l’un des fondateurs et vice-président du club, aux prises avec un dilemme moral. Il est en effet censé respecter les décisions prises démocratiquement par le club et se conformer ainsi à la vision du président Clay Morrow, partisan des opérations clandestines et de l’argent facile qu’elles génèrent. Mais dans le premier épisode, Jax trouve dans de vieilles affaires un manuscrit écrit par son père John (mort dans un accident de moto une quinzaine d’années auparavant), intitulé The Life and Death of Sam Crow: How the Sons of Anarchy Lost Their Way, remettant en question cette gestion du club basée sur la violence et le crime qui trahit l’esprit originel des Sons. Une lutte larvée s’installe alors entre la vision venue d’outre-tombe de John et celle, bien réelle mais dangereuse de Clay à la fois dans l’esprit de Jax et dans la vie du club. Le véritable combat des Sons pour leur survie est celui qui se déroule dans la tête et le coeur de Jax. C’est cet enjeu qui est au centre de la série, une réflexion sur la liberté et les sacrifices à faire pour la survie de sa famille et la conservation d’un héritage aussi imposant et exigeant que le club.
La série de Kurt Sutter s’inspire explicitement de Hamlet et les références à la trame de l’oeuvre de Shakespeare sont clairement visibles dans les liens familiaux entre Jax, sa mère Gemma et le nouveau mari de celle-ci qui n’est autre que le président du club, Clay. Hamletienne (pardon pour ce néologisme barbare) aussi l’entreprise de récupération du royaume-club aux mains d’un beau-père dangereux et presque tout-puissant. L’histoire diverge cependant assez pour ne pas (trop) craindre la mort de tout ce petit monde dans un final sanglant, et pour mener l’intrigue sur d’autre plans, dans un univers plus vaste et interconnecté que celui d’une tragédie du XVIe siècle.

Welcome to Charming, CA

Les acteurs et actrices interprétent excellement des personnages complexes et torturés. Charlie Hunnamm joue parfaitement un Jax Teller déterminé à changer les choses sans toutefois savoir comment, jonglant comme il peut entre ses déboires familiaux, l’héritage de son père et la vie du club. Ron Pearlman inarne le redoutable président des Sons, terrifiant d’avidité et d’autorité, suintant le danger. Gemma, la mère de Jax, est sans doute l’un des meilleurs personnages. Joué avec brio par Katey Sagal, elle est autoritaire, manipulatrice et décidée, entièrement dévouée à sa famille, prête à tout pour conserver son monde tel qu’il est et consciente du rôle ambigu des femmes dans cet univers masculin.

Ces dernières font d’ailleurs partie intégrante de la série. Elles sont la face cachée de cette micro-société que forme le club. Elles n’ont pas voix au chapitre (au sens propre, elles ne peuvent pas siéger aux réunions) mais sont les garantes de la vie personnelle des membres. A l’instar de certaines sociétés, elles gèrent le quotidien, laissant aux hommes le soin de ramener l’argent au foyer. Gemma l’a accepté, tout comme elle a compris le pouvoir que détiennent les femmes du club, un pouvoir discret et subtil d’influence et de conseil. Elles sont un phare au milieu de la tempête, l’oeil du cyclone qui permet aux hommes de souffler, réfléchir, être conseillés (voire manipulés) et reprendre leurs esprits avant de replonger dans la violence et les intrigues. Toutes ne se conforment cependant pas au modèle. Tara Knowles (Maggie Siff), chirurgienne pédiatrique douée dont Jax est amoureux depuis sa plus tendre enfance, veut se tailler sa propre place, exister par elle-même et non comme éminence grise et compagne. Donna Winston (Sprague Grayden), la femme du meilleur ami de Jax, essaie quant à elle de limiter l’implication de son mari au sein des Sons. Un point commun, toutefois : aucune de ces femmes fortes (je ne parle pas des crow eaters qui gravitent vaguement autour du club et qui ne sont liés qu’indirectement aux Sons mais bien des « régulières » systématiquement appelées « old ladies » dans la série), aucune de ces femmes, donc, n’a l’intention de renoncer à l’influence qu’elles peuvent avoir sur LEURS hommes..

Gemma Teller Morrow and her husband Clay

Le roi et la reine, Gemma et Clay (Katey Sagal et Ron Pearlman) : un duo redoutable et retors, avide de pouvoir et prêt à tout pour sauvegarder ce qu’il a de plus cher.

Souvent crue voire amorale, la série ne laisse pas indifférent. L’univers dépeint est loin de Venice Beach ou San Francisco. C’est une Californie rurale, pleine de rednecks et de violence, aux prises avec les problèmes socio-économiques de son temps qui sert de décor à Sons of Anarchy. Une violence omniprésente dans les rapports entre les gens, allant des menaces implicites aux échanges de balles. Les Sons ne sont pas à l’abri de celle-ci. On n’est pas dans une de ces séries proprettes où les héros survivent tous. A l’instar du Trône de Fer, ne vous attachez pas trop à l’un ou l’autre des personnages, ils sont tous égaux face à la mort qui survient souvent, de manière imprévisible. A Charming, les nécessités de la vie prennent souvent le dessus sur tout autre enjeu. Dans un complexe jeu d’alliance dicté par la situation du moment, les ennemis d’hier peuvent devenir les alliés d’aujourd’hui et inversement, évidemment.

A chaque épisode, on se surprend à désespérer de voir la situation s’améliorer un jour. Plus d’une fois, après le fondu noir suivi de l’emblème du club, on se demande comment Jax va bien pouvoir arriver à sortir de la panade dans laquelle il se trouve, et donner cette nouvelle direction aux Sons, tant ces derniers semblent dépassés par la brutalité de la réalité. Kurt Sutter n’épargne d’ailleurs rien aux spectateurs des morts violentes comme des trafics immoraux. Si vous êtes une personne psychologiquement instable et aisément influençable, mettez-vous plutôt devant My Little Pony: Friendship Is Magic. Sinon, embarquez.

A trop flirter avec l’illégalité, il est fréquent que des membres du club finissent provisoirement – ou non – derrière les barreaux.

Vous en avez, du retard !

Bon, on est loin des 26 saisons de Doctor Who, mais la série entame maintenant sa 5e saison sur les 7 envisagées par Sutter. L’opposition entre les visions de Clay et de Jax sont légèrement écartées pour laisser se développer d’autres arcs narratifs, mais l’avenir du club est toujours l’enjeu majeur de la série. Petit à petit, au gré des évènements, les Sons sont plongés dans un monde qui les dépasse. Ils avaient la ville en main, mais se retrouvent confrontés à l’extérieur, à des entités pour qui le bien-être d’un club de motards et d’une petite ville californienne importe peu. Ainsi la première saison est-elle marquée par le conflit avec les Mayans, mais aussi une enquête de l’ATF qui se poursuit au long des saisons 2 et 3 avant d’évoluer sans toutefois s’éteindre. Parallèlement, le club doit composer avec des suprémacistes blancs dans la saison 2, la True IRA et leurs frères de Belfast dans la saison 3, et un dangereux cartel mexicain dans la saison 4. La saison 5 semble se diriger vers un conflit plus ou moins tendu avec un gangster noir, mais il est trop tôt pour dire si cette affaire occupera les treize épisodes. Deux saisons doivent encore voir le jour si l’on en croit le créateur, pour conclure la série.

Fiche technique

Saisons : 4 saisons complètes déjà diffusées (13 épisodes, 14 pour la saison 4). La cinquième vient de commencer.

Diffusion : le mardi soir sur FX. Elle est également diffusée au Canada (Super Channel) et dans les autres pays francophone (RTS Un (CH), BeTV et Club RTL (B) et M6 (F)) avec une ou deux saisons de retard.

A venir : encore deux saisons après celle-ci, si l’on en croit Sutter.

Bonus : La boutique FX est incroyablement bien garnie. Des verres aux vêtements de bébé en passant par les T-shirts aux couleurs du show et même les accessoires vus DANS la série, comme les Levi’s 501 de Clay et Opie, les lunettes de Jax ou le cut officiel, sans les patchs, toutefois : faudrait pas vous mettre des membres d’un véritable club de motards à dos. Moi, je fais une levée de fonds en attendant qu’ils vendent les Harleys de la série. Je vous transmets mon numéro de compte par mail sur demande pour les dons.

Entretien avec la Mascarade

On peut voir les oeuvres ayant pour thème les vampires comme présentant plusieurs avantages sur celles mettant en scène les zombies. Les deux montrant de grands signes de vitalité, ad nauseam, de nos jours.

Tout d’abord, et bien que les deux sous-genres parlent de mort-vivants, les vampires présentent l’avantage d’être un peu plus glamours. En général, pas de chairs pourrissantes, pas d’oeil pendant lamentablement des orbites et leurs habitudes alimentaires sont souvent plus policées. Vous avouerez que deux « piqûres de moustiques » au cou sont tout de même moins gores qu’une boîte crânienne prise pour un « kinder surprise ». Même leur mort, souvent représentée par un nuage de cendre, reflète un certain souci de l’esthétique.

Bref, si on exclut Murnau,  Herzog ou Tarentino, les vampires sont plutôt beaux et propres sur eux pour des cadavres ambulants. De là découlent  attirance, fascination, tout ce qu’il y a de plus érotique et mortelle, face à ces créatures. Anne Rice avait su capter et développer ce sentiment se dégageant de ces nosferatus, rappelant les charmes magiques et la séduction surnaturelle du Dracula de Bram Stocker. Érotisme qui se montre quelque peu absent quand on parle de zombies, contrairement à leur potentiel mortel. Ou alors peut-être existe-t-il des cas… mais je ne tiens pas à en entendre parler.

C’est ainsi dans cette tension classique entre mort et érotisme que Kelly Martin a choisi de s’embarquer pour son blogue-BD : The Kingfisher

Ne reniant finalement que les paillettes (et c’est tant mieux!), l’auteur nous livre une B.D très équilibrée entre tradition et renouvellement du genre. L’homo-érotisme d’Anne Rice y est par exemple clairement cité et développé dans les rapport entre personnages principaux. Mais la palette va ici plus loin encore, créant explicitement un monde vampirique queer,  représentatif d’une réalité contemporaine.

Car cela se passe de nos jours. Dans un pays imaginaire, Jack Ballard est invité à une grande fête décadente, où il sera choisi par Demetri pour participer à un étrange jeu mortel…

« In which the night’s plans are nearly reavealed »

 L’auteur s’appuie ainsi sur un dessin sombre et sobre pour nous emmener, non sans humour, à travers cette intrigue entre différents lignages de vampires se partageant un territoire et une influence politique, reprenant les même principe que le jeu de rôle La Mascarade.  À cela s’ajoute un choix dans la longue liste traditionnelle des forces et faiblesses des vampires, variant selon leur famille d’origine. Mais aucun d’eux, je vous l’assure, ne brille au soleil!

L’horreur est cependant présente et assez crue dans les planches de Kelly Martin, tout comme les sexualités.

Première planche : octobre 2010

Mise à jour : Mercredi, vendredi et dimanche. L’auteur est cependant assez souvent en retard d’un jour ou deux, surtout quand il passe à un nouveau chapitre.

Dessin : Sombre et sobre. Les nuances de couleur ne sont pas le point fort de l’auteur et il cherchera moins la précision du trait, ou de l’anatomie, qu’une atmosphère tendue planant en permanence sur les pages.

Bonus : Un des rares blogue B.D à privilégier les bonus gratuits et enrichissant la trame principale. Fonds d’écrans, scénarios, histoires tournant autour des personnages secondaires. Bref de quoi procrastiner un peu plus si vous avez fini le blogue principal. Pas de boutique en ligne.

Morceaux choisis, 100% pur Internet

Quand les communications deviennent globales, le partage des perles qui en sont issues le deviennent aussi. C’est là tout le but de Bash.org et de son pendant français DansTonChat.com, anciennement connu sous le nom de BashFR.

On a tous connu les recueils imprimés ou mis en ligne des perles du bac, de la Sécurité sociale ou des mots d’excuses (si ces dernières vous font marrer, lisez ce livre, écrit par un prof, c’est une perle, lui aussi), sans parler des Raffarinades, et évidemment des propos exotiques et incohérents de Jean-Claude Van Damme.

Bash.org et DTC passent à la vitesse supérieure, et font dans les perles 2.0, issues des communications privées ou publiques de chat (clavardage pour nos amis « loi 101 »). MSN Messenger, Googletalk et tout programme permettant de communiquer à distance et via le Net avec ses proches et moins proches, sont concernés, mais la part belle est faite à IRC, l’ancêtre des échanges oueb encore assidûment fréquenté par toute une population essentiellement (mais pas que) composée de geeks et autres nerds.

Pépé et Minecraft

Les plus geeks ne sont pas toujours les plus jeunes !

Linguistique - Double affirmation

Certains échanges sont pleins de finesse.

Au programme, des centaines de pages proposant des échanges très souvent drôles, parfois fins, parfois grossiers. Il faut avouer qu’on peut se demander comment certaines soumissions sont validées par les modérateurs, et on sent parfois, tout Internovore qu’on est, qu’on manque de certaines références pour comprendre les subtilités (et donc l’humour) de certaines discussions portant sur le PHP ou les différentes versions de Linux, mais c’est toujours un plaisir de découvrir les nouvelles perles. Ces dernières vont de la réflexion métaphysique sur le sens de la vie (bien souvent euthanasiées par un commentaire cynique, violent et terre à terre de l’interlocuteur) aux récits personnels, tranches de vie de tous les jours racontées aux copains en rentrant du travail, ou de l’école (une grande partie des discussions semblent être celles d’adolescents et jeunes adultes encore aux études. Je vais pas leur jeter la pierre !).

Bash.org - Drunk guy and vicious mom

Lendemain de cuite un peu difficile !

Cyberdépendance

Je gage que beaucoup d’utilisateurs d’IRC sont dans le cas de cet Internaute.

Il y à a boire et à manger sur ces sites. On peut grimacer devant quelques conversations qui auraient pu avoir leur place dans les pires émissions de téléréalité, écarquiller les yeux devant le nombre de contributions qui impliquent des sites pour adultes et des références à l’onanisme, se désespérer de l’apparente inaptitude de certains à la vie réelle, mais également se satisfaire du fait que ces geeks se veulent aussi les garants de la langue française ou anglaise, n’aiment pas les Kikoolols et savent mettre à profit les caractéristiques du chat pour faire des cyberblagues et des jeux de mots 2.0.

Picasa - Picasso

Une réplique qui n’aurait à mon avis pas dépareillé dans Occupation Double, Secret Story ou Jersey Shore.

Jack off a horse

Les Internautes sérieux font attention aux règles de grammaire…

Académie française et Batman

…et quand ils ne savent pas, ils demandent à l’Académie française, qui ne manque pas d’humour non plus.

On peut même y retrouver certaines star d’Internet, comme le fameux Maddox, auteur détestable, provocateur, vulgaire et drôle de la Best Page in the Universe depuis 1996, à une époque à laquelle il n’avait « que » 40 millions de visites (près de 261 millions actuellement) et à laquelle il devait beaucoup plus tenir compte de l’avis de sa maman qu’aujourd’hui.

Maddox's mother just found his website

Il semblerait que la maman de Maddox soit la seule personne que ce dernier ne veuille pas choquer.

Bref. Avec plus de 500 pages sur DansTonChat.com (mise à jour quotidienne sauf week-end) et un peu plus de 400 sur Bash.org (plus ancien, mais moins mis à jour), vous avez de quoi repousser votre boulot pour un bon moment.

 

 

 

La fabuleuse histoire du bison catcheur mexicain…

Aujourd’hui, j’ai réussi à passer 7 heures devant mon ordinateur sans travailler. Une fois tous mes moyens de procrastination épuisés, réduit à la pire extrémité, j’ai réfléchi à un moyen de m’en sortir. Et la réponse s’est imposée à moi sous la forme d’un petit onglet dans mes accès rapides aux favoris de Chrome : un nouvel article. Un article, qui plus est, qui va me donner l’occasion de me replonger dans un jeu que j’avais abandonné depuis une bonne semaine, sans toutefois l’avoir fini, et de loin*. Alors hop, cliquons sur Amorgames, une fois de plus, pour un nouveau jeu des plus palpitant dont le nom seul doit vous faire pâlir d’envie et susciter des contractions spontanées dans votre index : Burrito Bison Revenge !

Premier ennemi

Le premier ennemi du bison est un cookie géant

Concept

Burrito Bison Revenge, réalisé par Juicy Beast, est l’excellente suite de Burrito Bison, dont l’histoire mérite un court développement : dans le premier opus, Burrito Bison, catcheur mexicain à la tête de bison faisait tranquillement ses courses, quand soudain, une main surgit d’un paquet d’oursons en gélatine pour le capturer. Il se retrouve donc à Candyland, dans une arène pleine d’oursons venus le voir affronter…quelque chose. Mais le catcheur ne l’entend pas de cette oreille, et se sert des cordes du ring pour se propulser assez loin et s’échapper ainsi de Candyland.

Burrito Bison et sa suite sont donc des jeux de distance, ou « launch and upgrade », qui vous invite à faire aller votre personnage le plus loin possible vers un but précis. Chaque tentative avortée vous fait toutefois gagner quelque menue monnaie pour améliorer votre équipement, et ainsi augmenter votre vitesse, votre poussée initiale ou encore l’argent que vous récolterez à chaque lancer.Dans Burrito Bison Revenge, votre catcheur s’est échappé de Candyland pour retourner dans son supermarché. Mais voilà, arrivé à la caisse, il réalise qu’il a oublié son portefeuille chez ses anciens geôliers, qui en ont profité pour le mettra à l’abris au coeur de Candyland, dans un coffre fort. Voici donc notre héros à nouveau sur le ring, décidé à récupérer son bien, aidé en cela par des upgrdes nombreuses et variées.

Synopsis ; la perte du portefeuille

Où est passé mon portefeuille ? La narration initiale se fait sous forme de BD.

Gameplay

Chaque jeu de distance a ses variations au moment du lancer notamment. Certains, d’une étonnante simplicité, se contentent d’un simple clic pour faire décoller votre animal/véhicule/truc vers d’autres horizons. L’impulsion donnée à votre bison dans BB – on pourrait faire un parallèle entre les initiales d’une actrice devenue protectrice des animaux et celles de ce jeu faisant l’apologie de la libération d’un esclave animal abusé au sein d’une société de consommation représentée par ce qu’elle produit de meilleur et de pire à la fois : les bonbons en gélatine) – l’impulsion, disais-je, est beaucoup plus complexe, et il faut cliquer au bon moment, en fonction de la position d’une aiguille sur une jauge pour faire le saut parfait, celui qui, non content de se servir du ring comme d’un lance-pierre (ou d’un lance-bovidé), se servira également de votre adversaire du moment comme d’un tremplin. Et avec des adversaires plus coriaces surviennent des lanceurs plus délicats et complexes.

Autre élément qui peut grandement varier : le temps de vol. La plupart du temps, les « launch and upgrade » nécessitent toute votre attention durant cette phase de planage ou de vol, souvent pour éviter des obstacles vous ralentissant, voire vous stoppant complètement, ou pour récupérer des bonus vous permettant au contraire d’aller plus loin que prévu. BB et surtout BBR n’échappent pas à la règle. Vous voilà propulsé au-dessus de nounours gélatineux, tâchant d’arriver jusqu’à votre précieux portefeuille, mais il faut être attentif. Dans la catégorie obstacle, citons notamment les nounours policiers, qui cherchent à vous arrêter, et les quatre portes séparant les mondes de Candyland entre eux, qu’on ne peut passer qu’avec une vitesse suffisante. Et comme ce sol rugueux et ces bonbons peu rebondissants ont tendance à vous freiner…Heureusement, vous pouvez compter sur un tas de créatures vous facilitant la tâche, des gros nounours violets explosant au contact qui vous propulsent un peu plus loin aux jeeps bleues qui vous offrent un lift et un élan supplémentaire…à condition de tabasser copieusement son conducteur en cliquant frénétiquement sur votre souris, histoire de remplir une jauge. Ajoutez à cela les fusées accrochées au slip du bison catcheur, vous permettant de vous écraser sur le sol d’un clic bien ajusté, permettant ainsi de rebondir sans perte de vitesse ou d’accrocher l’un des précieux bonus. La phase de vol de BBR est prenante, variée et demande une certaine concentration et un excellent timing.

Phase de vol

Phase de vol dans une partie avancée. Oui, il y a une jeep, un « propeller hat », des rockets, des billets de banque, un bison en slip et des nounours en gélatine dont l’un est obèse.

Les upgrades

Extrêmement variées pour un jeu de ce type, les améliorations disponibles sont nombreuses et chères, vous obligeant à jouer plus pour gagner plus, à économiser et à investir dans un Plan Épargne Logement bloqué sur six ans et trois mois avant d’acheter l’huile pour le corps niveau 5 qui permet de glisser sans frotter sur les corps gélatineux de ces pauvres nounours et sur les graviers en praliné de Candyland. Elles sont de quatre types. Les améliorations techniques permettent à votre bison d’être plus efficace : plus de fusées d’écrasement, meilleures cordes pour un meilleur départ, moins d’adhérence, vitesse de vol accrue ou corruption de policiers qui, non contents de ne plus vous ralentir, vous fournissent une recharge de fusée…Les améliorations « nounours » multiplient le nombre de créatures à maltraiter pour vous propulser encore plus loin. Chaque investissement augmentera ainsi sensiblement le nombre de gros nounours-monnaie, de jeep, de nounours cow-boy chevauchant des fusées (en même temps, vous êtes à Candyland, vous vous attendiez à quoi ?) ou de jeunes gélatineux équipés d’une casquette à hélice, et sous peu, d’un gros bison catcheur qui profite du voyage. Les améliorations « ennemis » vous permettent, à chaque fois que vous passez un niveau, de changer d’adversaire de départ et ainsi de prendre un meilleur élan en échange d’une jauge de lancer plus complexe. Enfin, certains bonus vous fournissent un fajita ou un taco souriant et volant qui vous gratifie de divers pouvoirs temporaires.

La plupart des upgrades ont plusieurs niveaux (jusqu’à 7 pour les améliorations techniques) ce qui vous offre une marge de progression non négligeable.

Upgrades

L’écran des améliorations techniques. Le choix, le prix, la qualité.

Les défis

Pour augmenter plus vite votre pécule, une centaine de défis vous attendent. Ils sont quatre ou cinq à être activés, et chaque défi résolu est remplacé par un nouveau. Ils sont aussi variés que « planer 300m sans toucher le sol », « amasser $100 000 » ou « exploser 5 aviateurs » et restent actifs pendant tout le jeu, même après avoir fini l’histoire principale.

Graphismes

Assez évolués, les graphismes font penser à un dessin animé ou une BD aux couleurs informatiques, pleines et acidulées (vous êtes à Candyland, ne l’oubliez pas), sans effets de texture autre que des variations de teintes et de luminosité. Les animations sont assez sommaires, rappelant là encore un cartoon, mais efficaces. Les dessins sont précis, bien exécutés mais évidemment, caricaturaux et pas réalistes pour deux sous. Le jeu s’appelle Burrito Bison Revenge, vous vous attendiez pas à de l’animation 3D basée sur de la motion capture, des textures photoréalistes et des personnages dont le visage est calqué sur des acteurs humains, si ?

Durée de vie

Moyenne si l’on se contente de finir la quête principale : récupérer le portefeuille. Assez longue si en plus de ça, vous avez décidé de débloquer toutes les upgrades et de réaliser tous les défis (plusieurs heures). Infinie, si, après avoir fini le jeu, vous vous contentez de jouer en « jeu libre » : plus de portefeuille et un Candyland illimité où vous pouvez vous efforcer d’aller le plus loin possible (certains défis ne sont réalisables que dans ce mode). Essayez donc de battre votre propre record.

En bref : Burrito Bison Revenge une excellente version d’un concept de jeu qui a fait ses preuves. Avec des graphismes efficaces, un scénario débile, un gameplay agréable, des améliorations à foison et des défis intéressants, il est un parfait moyen de procrastiner des heures durant. Et comme il ne demande que quelques clics, que la sauvegarde est automatique et que vous pouvez vous passer du son, vous pouvez tranquilement jouer en cours ou au boulot. Attention, votre patron est derrière vous.

* On procrastine pour tout. Même pour cet article que j’ai commencé voilà 4 ou 5 mois…

La Scandinavie pour les nuls

Si vous vous demandez si ces Scandinaves,  souvent cités en exemple en terme de développement, de solidarité et d’égalité, sont bien humains. Si vous vous posez la question de savoir ce que cache autant de réussite. Et si enfin le portrait, un rien taquin, fait sur les Suédois par la branche allemande d’…Ikéa ne vous convainc pas.

Alors peut-être trouverez-vous un intérêt à procrastiner au fil des notes du blogue B.D : Scandinavia and the world.

L’auteure, Danoise, s’est ainsi proposé de présenter les différents stéréotypes qu’ont les Scandinaves (soit les Norvégiens, les Suédois et les Danois) les uns envers les autres et sur le reste du monde, à travers 3 personnages représentant chacun des 3 pays. Certes, ils se nomment Norvège, Suède et Danemark, ce qui ne laisse pas présager beaucoup d’originalité. L’auteure arrive cependant, avec un petit texte de contextualisation historique ou sur l’actualité, à nous expliquer les différentes origines de ces stéréotypes qui finissent par s’apparenter à de la caricature de presse et à des chroniques dessinées. Pas de fil narratif vraiment soutenu, plus une suite de scénettes légères et prétextes à l’illustration d’un trait culturel.

Elle dresse ainsi le portrait décalé de trois pays finalement assez différents, à l’histoire commune chargée de guerres et de d’occupations réciproques. On est ainsi bien loin de l’image interchangeable de pays idyllique qui nous est présentée à travers les médias francophones. À noter tout de même que les plus grandes sources contemporaines de conflits et de chauvinisme présentées à travers ce blogue B.D sont le hockey et l’Eurovision.

Bref, Scandinavia and the World constitue une bien bonne occasion de procrastiner en se donnant l’excuse de se renseigner sur les cultures, géographies et histoire de la Scandinavie et de l’Europe du nord de manière plus générale, l’auteure intègre souvent la Finlande (un alcoolique brutal et quasi-muet) et l’Islande (un top-modèle sportif et énervant).

Première planche : Juin 2009

Mise à jour : Tous les vendredis.

Dessin :  Simple et coloré. Plus proche de la caricature de presse que de la B.D.

Bonus : Plusieurs autres projets B.D. ou dessinés par l’auteur. La mythologie scandinave et japonaise semble être parmi ses sujets de prédilections. Je n’ai pas trop accroché sur le reste.

Réflexions sur la post-humanité

«Et surtout, surtout, doit-on se priver de regarder Battlestar Galactica?!» se demandait Mehdi dans un précédent article. Empruntant à mon camarade une idée d’article et m’inspirant de son goût -douteux- pour les titres alambiqués laissant croire au lecteur ou à la lectrice qu’il/ele trouvera ici des choses intelligentes, je bondis et répond à la question : rien ne justifie que l’on se prive du visionnage de Battlestar Galactica!

Mais c’est quoi, Battlestar Galactica, se demandent les innombrables lecteurs et impatientes lectrices ? Si vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’est cette série, restez, ça va devenir intéressant. Si vous connaissez la série par cœur, parcourez l’article, et ouvrez les hostilités dans les commentaires, on devrait pouvoir débattre quelques heures🙂

Lorsque je résume la série  des gens qui me demandent des conseils de séries à regarder, je répond le plus souvent quelque chose comme : « une super série avec des batailles de vaisseaux spatiaux et de robots dans l’espace, ou l’humanité part à la recherche de ses origines après avoir été victimes d’une attaque nucléaire par des robots humanoïdes ». Généralement, les gens me regardent comme une gentille folle qui risquerait de s’énerver si on la contredit, et ils changent subtilement de sujet.
Mais comme ici j’ai un peu plus de place et de temps, tentons d’aller plus loin…

Les prémisses de Battlestar Galactica ont lieux en 1975. Une première série, simplement nommée Galactica, voit le jour cette année-là. Largement éclipsée par sa petite sœur de 2003, la référence se trouve néanmoins dans cette dernière, notamment sur les écussons qui ornent tous les vaisseaux spatiaux de la série, ou l’année apparaît clairement :

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Le pilote de série, organisé comme un long épisode de deux heures, nous présente un univers inconnu. L’humanité vit sur un ensemble de planètes (12) organisé dans un système colonial autour de la planète Caprica. En paix depuis 40 ans, l’humanité vit dans l’insouciance et l’abondance matérielle. On désarme le jour où nous découvrons cet univers (les choses sont bien faites) le dernier vaisseau colonial ayant participé à la guerre contre les cylons, le Battlestar Galactica. Qui sont les cylons ? Des robots extrêmement élaborés ayant acquis leur propre conscience et s’étant rebellés contre leur créateur, l’humanité (oui, c’est un grand classique. Mais vous noterez que ça marche toujours)

Alors que se tiennent sur le Galactica les cérémonies de désarmement du vaisseau destiné à devenir un musée ainsi que le départ à la retraite de son commandant, William Adama, les douze colonies sont frappées par plusieurs attaques nucléaires ayant pour but de détruire l’humanité : les cylons sont de retour.

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Après une brève hésitation, les 50 000 survivants se trouvant sur les vaisseaux de communications entre les colonies décident non pas de partir se battre contre l’armée visiblement très organisée et supérieure en nombre des cylons, mais de fuir à travers l’espace, pour se trouver un lieu où l’humanité pourrait survivre. Ils partent à la recherche de la planète mythique, la treizième colonie de l’humanité : la Terre…

S’il ne s’agissait que de la vie quotidienne d’un équipage, responsable du seul vaisseau militaire ayant survécu à l’attaque et donc responsable de la sécurité de toute la flotte, la série pourrait être vraiment sympathique. Les personnages sont attachants et complexes.
On a au début envie de donner quelques claques au fils du commandant, avant de comprendre les relations familiales tendues. On apprécie très vite Starbuck, pilote tête brûlée dont le personnage s’enrichit presque à chaque épisode, et, surtout, on adore détester Gaïus Baltar, scientifique génial et arrogant dont leur seul objectif de vie est la survie de Gaïus Baltar.
Les batailles spatiales sont prenantes, et l’on en vient à s’intéresser aux avantages comparés des raptors et des vipers, vaisseaux présents sur le Galactica, contre les radars cylons. Pourchassés par les cylons dans leur quête d’un autre monde, les militaires ne manquent pas de travail, et oui, cela aurait pu donner, oui, une série extrêmement sympathique. Mais probablement le mythe qu’elle est devenue, au moins dans la culture geek.

petit aparté : à quoi reconnaît-on qu’une série est geek ? Des gens en achètent les figurines :

ImageMais revenons à la dimension mythique de la série. Ce n’est en effet rien de moins qu’une réflexion sur la définition de l’humanité que nous livrent ces cinq saisons.
La quête initiatique en est le premier volet : perdus dans l’immensité de l’espace et voyageant sans trop savoir où ils se rendent, les survivants humains partent à la recherche de la Terre, guidés par des légendes.
Au cours de leur chemin, ils font étape sur Kobol, planète originelle d’où seraient partis les membres des treize colonies (les douze annihilés au début, plus la Terre). Le nom de Kobol est une double référence. D’une part, il s’agit de l’anagramme de Kolob, texte sacré chez les mormons. Le producteur de la série étant lui-même mormon, on peut voir ici sa volonté d’accentuer la dimension mystique de la série. D’autre part, on me souffle dans l’oreillette que le même mot fait aussi référence au langage de programmation COBOL, confirmant ainsi la spécificité geek de la série.

L’influence des légendes et des textes sacrés revient sans cesse. Du «so say we all» qui conclut chaque déclaration religieuse ou solennelle, au texte de Pyhtia que suivent les humains pour se guider, la ferveur religieuse est particulièrement présente. Les choses commencent à devenir vertigineuses lorsque certains des personnages se mettent à correspondre aux prophéties des textes sacrés, et à donner à la maxime sacrée «all of this happened before, and all of this will happen again» un sens presque angoissant. Il n’est plus question de se laisser guider par la raison, mais par l’intuition, et la foi.

Mais la réflexion sur l’humanité s’applique bien évidemment aussi aux cylons. Si les cylons de la guerre précédente ressemblaient à des machines (ils sont régulièrement qualifiés de toaster par les humains, voir plus haut la jolie image), ceux qui reviennent attaquer l’humanité ont l’apparence physique d’être humains (version mannequin trés sexy de l’être humain tout de même)

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Cependant, à la différence de ces derniers, ils ne peuvent pas vraiment mourir : leur conscience se télécharge dans un corps exactement identique au leur au moment ou le premier s’éteint. Ils sont cependant capables de réflexion, et de sentiments. Ils possèdent un libre arbitre, une conscience. La question, au fil des épisodes et des saisons, se fait de plus en plus lancinante : si des machines peuvent ressentir, alors qu’est-ce que l’Humanité ?

Avec des réflexions aussi intenses, le fait qu’il n’existe que douze modèles de cylons humanoïdes, et que certains se dissimulent, consciemment ou non, au sein de la flotte coloniale pour la saboter de l’intérieur, ferait presque figure de distraction.

Un peu de bataille spatiale, un peu de suspense et d’espionnage, le tout dans un environnement clos : le cocktail idéal pour rendre parfaitement digeste une réflexion philosophique complexe..Non, vraiment, une excellente série. Vous auriez tort de vous en priver.

« The Fellowship of Whatever » ou manifeste pour une approche postmoderne de la fantasy

Et si, à mesure que les années et les différentes interprétations, ou progénitures, inspirées de son oeuvre depuis la mort de Tolkien, la création originelle de ce cher John Ronald Reuel se rapprochait du statut de classique? Au sens de lecture considérée comme élitiste et légitime, maintenant qu’une autre offre plus populaire et accessible gravite autour de cet univers? L’oeuvre serait alors mâchée, digérée et déféquée en un résultat assez différent de ce que le démiurge avait en tête.

Doit-on s’en attrister? c’est ce que semble en tout cas penser le fils, éditeur et légataire des oeuvres posthumes du « patriarche/prophète » Tolkien dans cet article :  « Tolkien est devenu un monstre, dévoré par sa popularité et absorbé par l’absurdité de l’époque, observe tristement Christopher Tolkien. Le fossé qui s’est creusé entre la beauté, le sérieux de l’œuvre, et ce qu’elle est devenue, tout cela me dépasse. Un tel degré de commercialisation réduit à rien la portée esthétique et philosophique de cette création. Il ne me reste qu’une seule solution : tourner la tête. »

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Même Gollum n’en croît pas ses oreilles! Ilúvatar sait pourtant combien il est difficile de l’intéresser à quoi que ce soit en dehors de poissons ou joaillerie…

Ou doit-on s’en réjouir en faisant confiance à son jugement, et aux dévoués services du Procrastinablog, pour faire le tri entre le bon grain et l’ivraie?
Après tout devrait-on renoncer à Troïllus et Cressida parce que Shakespeare a osé s’inspirer de l’Illiade? À Britannicus parce que Racine a fait une tragédie des écrits de Tacite et Suétone? Et enfin et surtout, doit-on s’empêcher de regarder Battlestar Galactica parce que Star Trek a ouvert le monde du « Space-Opera » télévisé?

Si vous êtes de fidèles lecteurs du Procrastinablog (ou pas on n’est pas jaloux, hein!), je vous fais confiance pour bien vouloir vous vautrer un peu avec moi dans cette fange dénoncée par Tolkien fils et de jeter un coup d’oeil à : Looking for Group.

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Deuxième projet des prolifiques montréalais : Ryan Sohmer et Lar DeSouza, du studio Blind Ferret Entertainment, LFG pour les intimes, narre depuis novembre 2006, les aventures décalées de Cale’Anon, l’elfe naïf et de Richard, le méchant mais non dénué d’humour, démoniste.

Il s’agit bien évidemment d’un blogue B.D qui se plaît à accumuler les références, littéraires, cinématographiques et vidéo-ludiques, pour mieux les détourner et s’en moquer. Ainsi elfes, taurens, humains, nains, orcs et gnomes sont bien présents, tout comme chez Tolkien ou World of Warcraft, mais ne suivent pas tout le temps le fil des alliances attendues. La magie et les épées jouent évidemment des rôles importants auprès de personnages aux destinées incertaines évoluant à travers une histoire un peu brouillonne.
Il s’agit souvent d’une des malédictions (ou trait esthétique propre?) du blogue BD, avec la gratuité et la mise à jour fixe. Ce qui est souvent définit par l’expression « arc narratif », ou même saison parfois, permet les rebondissements et changements de direction les plus improbables. Étirer la sauce, il en restera toujours quelque chose…

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Qu’importe! Lar DeSouza et Ryan Sohmer se débrouillent suffisamment bien pour nous faire tolérer le manque de vision d’ensemble et déguisent habilement cette absence, au fil des années, en une saga touffue mais qui finit par répondre à ses questions cosmogoniques fondamentales : pourquoi Richard est-il aussi méchant? ou encore que cache le passé mystérieux de Cale’Anon?

Humour et magie sont au rendez-vous, le tout pour gratuit! Que demander de plus?

Certes rien de bien innovateur dans l’approche traditionnellement genrée et scénarisée de cette BD de « fantasy ».  Il y a bien un univers original de créé, mais les trop nombreuses références, sous couvert d’humour, ont tendance à étouffer un peu l’intérêt pour ce blogue. C’est pourquoi il faudrait dire à Christopher Tolkien de ne pas trop s’inquiéter et peut-être de prendre sa retraite.

Mais pour procrastiner, vous devriez y passer d’agréables moments.

Première planche : novembre 2006.

Mise à jour : lundi et jeudi. Ce sont des professionnels et ils s’y tiennent donc.

Dessin : Cartoonesque, ce qui ajoute au côté décalé de l’oeuvre.

Bonus : À ce niveau de marketing et de produits dérivés, on est une fois encore du côté de ce qui se fait de plus sérieux. Tout ce que vous voulez, et le reste, y est.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être la première création de Ryan Sohmer et Lar DeSouza :